“Faut taxer les riches”. “Non, ça les ferait fuir”. “La France championne du monde des prélèvements”. “Faut arrêter de stigmatiser la réussite”. “Les pauvres paient pour les riches, comme d'habitude”.
Ce sont les termes du débat depuis trente ans. Ils supposent encore que la richesse vient du travail des gens.
Si on décadrait un peu, il ne s'agirait plus de riches contre pauvres, mais de travail contre capital : qui produit la valeur, et qui la capte.
Voici le premier sujet de ce dossier que la présidentielle n'abordera pas : sur quoi faire reposer le financement de la solidarité, si le travail n'y suffit plus ?
La première question que la campagne présidentielle devrait poser donc touche au cœur de l'État social : avec quelle base commune prétendons-nous financer la protection collective, lorsque le travail humain cesse progressivement d'être le centre unique de la production de valeur ?
Depuis l'après-guerre, la France a construit cette protection sur un système pragmatique : les individus travaillent, perçoivent un salaire sur lequel les cotisations sont prélevées, et la solidarité en est financée. La boucle relie l'emploi à la protection, et cette architecture qui a permis d'arracher des millions de vies à l'insécurité du quotidien, reste l'un des grands acquis politiques du XXe siècle. Les problèmes apparaissent néanmoins, lorsqu'on continue de faire reposer l'essentiel de cet édifice sur une base qui se transforme sous nos yeux.
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