TRUMP, L'EUROPE ET LA RÈGLE DU JEU

La Maison Blanche a publiée un document de 30 pages expliquant très calmement ce qu’elle comptait faire ces prochains mois, de l’Europe et du reste du monde. Si l’idée de le lire vous donne immédiatement envie de (vous pendre) faire autre chose, cet article est pour vous.

Commençons l’année par feuilleter un bon classique, un livre qui n’a pas été écrit pour commenter l’actualité, mais qui permet régulièrement de lui donner un éclairage un peu plus décalé. Commençons donc par James Waller Becoming Evil publié au début des années 2000 et consacré à une question assez basique, à savoir comment des individus parfaitement intégrés au monde social en viennent à produire des violences extrêmes, sans rupture, ni effet d’annonce.

L’un des apports les plus solides de cet ouvrage tient dans une observation que l’on préfère souvent ignorer parce qu’elle contredit notre goût pour la surprise et l’événement, et qui consiste à souligner que les acteurs de violences politiques disent presque toujours ce qu’ils vont faire et ils le disent longtemps avant de le faire, non sous la forme d’un aveu ni comme une menace frontale mais à travers une parole répétée ajustée banalisée qui circule dans l’espace public jusqu’à perdre sa capacité à alerter. (c’est très long mais très complet).

En d’autres termes, je dis ce que je fais, je fais ce que je dis est généralement le mantra le plus répandu chez les “individus-parfaitement-intégrés-capable-de-violence-extrème”.  Waller raconte que cette parole constitue une phase active du processus au cours de laquelle l’intention est progressivement testée sur le monde social et évaluée à l’aune des réactions qu’elle suscite, ou le plus souvent qu’elle ne suscite pas.

Ce préambule a au moins une vertu, il permet de lire la séquence vénézuélienne et la politique américaine récente sans faire semblant de tomber des nues. Trump il dit ce qu’il fait et il fait ce qu’il dit c’est indéniable. Néanmoins, avant d’entrer dans le dur et avant de se coltiner Trump faisons un léger pas de côté et revenons un instant sur une question qui passionne BFM : Si tout a été dit pourquoi personne n’écoute vraiment?

Les sciences sociales ont depuis longtemps décrit cette difficulté collective à croire à la rupture tant que le monde continue à fonctionner à peu près normalement. Michel Dobry parlait de myopie cognitive pour désigner ce moment où des sociétés entières restent, selon ses mots,

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OBLIQUE - voir autrement, penser en diagonale

Par Lennie Stern

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